Égarement

Tes pensées s’échappent en illusion. Tu fixes le Bordeaux rouge classique qui repose au fond de la coupe. Il pleut, les regards sont froids, le vent glacial. Tes yeux se vident et les invités se prolongent en dialogues inaudibles.

Tu n’es déjà plus là. Les murs miroirs te renvoient l’absence. Tu la revois, mais il n’y a plus que le désert des silences qui mettront bientôt fin aux questions d’usage. Plus rien à dire. Tu n’as plus de mots ni d’idée nouvelle que l’écoulement des secondes en vase clos. Un avortement parfait, froid et chirurgical. Tu as pris le bistouri et coupé d’un seul geste toute émotion, toute supplication, toute tentative.

Dans cette pièce carnavalesque, tu es soudain celui qui a réussi la fuite parfaite. Tu regardes derrière, il n’y a plus personne qui te pourchasse et tu ne pourchasses plus personne. Les pas de danse sont futiles. Les musiques monotones. Le vin goutte l’eau. La nourriture est fade et grise.

 

La bande film est en noir et blanc et la pluie s’accentue. Tu sors dehors, tu regardes à gauche puis à droite. Tu n’es plus certain d’exister. Cette dimension de l’espace, sans autre regard pour te percevoir sur la pellicule, tu l’as baptisée depuis longtemps. Tu l’appelles égarement. Tu t’éloignes seul alors que les arbres, les statuts et le vieil étang masquent ta disparition.

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