Blogue compulsif de Maxime Charbonneau

Labyrinthe X ( Le sens des mots )

 

 

Lorsque tu ouvres les yeux après un autre moment d’absence, tu es complètement perdu au sein d’une forêt. Une nouvelle fois, la matrice des murs du Labyrinthe s’amuse à t’éloigner de ton objectif. Devant toi, cachée derrière de longues et de grandes lanières d’herbes, se trouve une porte de bois. Le palais est désert. La végétation abondante. Il y a des lustres que personne n’est venu ici. Le temps présent n’est plus celui d’autrefois. Tu ne comprends plus si c’est l’Avaleuse ou toi-même qui s’interpose. La gare n’est plus. Le Labyrinthe habille. Il n’y a plus de clé, plus d’invitation et aucun souffle de vent ne vient atténuer la chaleur des lieux. Dans les dimensions des possibles du Labyrinthe, il est un lieu où le Labyrinthe lui-même n’existe plus ; une sorte d’abris, un temps où les choses s’immobilisent. Dans cet endroit, tu crois pouvoir retrouver le bal et enfin tenir cette rencontre capitale qui te permettra de sortir du Labyrinthe. 

 

Les longues vignes qui couvrent la porte produisent du vin pour les régions du Haut au sud. Le vin des abricots se carbonise au son de la musique. La carbonisation, comme seule solution au déclin des espérances ; douce mélancolie qui enlace de son châle de noirceur chaque seconde du temps qui passe. Les pulsions des cœurs qui s’effritent, chaque désir qui s’essouffle, chaque histoire qui s’efface devant toi t’emplissent d’une tristesse que te transmet directement la ligne du temps et des espoirs perdus.

 

Sur la porte, une inscription demande une réponse simple. Une seule phrase : où allez-vous ? J’allais au bal, mais est-il terminé ? La porte ne semble pas avoir la capacité d’agir à la suite d’une question. Elle s’interroge puis constate qu’il s’agit bien d’une réponse même si cette réponse porte en elle-même le doute. Lentement, les pentures grincent et la porte s’ouvre sur un monde différent. Le bal n’est plus, le château non plus, mais de l’autre côté, un majordome t’accueille, un verre sertit d’or à la main. Le majordome est grand. Il ne porte pas de chandail et ses longs cheveux blancs signent son dos. Il porte un pantalon blanc taché de poussière. Tu t’attendais à voir la salle de bal, mais il n’y a pas de murs. Tu traverses un long boisé bordé de saules pleureurs. Tout au long de ce parcours, le chemin devient de plus en plus étroit.

 

Le majordome s’arrête. Devant toi, un cocher endormi monte la garde sur une vieille diligence. Le cocher te demande si tu as une invitation. Tu lui donnes le triangle qui vient de se matérialiser dans ta main, alors que tu le croyais perdu. Le cocher semblait s’attendre à devoir te refuser le voyage, il parait contrarié. Arrive soudain d’un pas élancé la marquise du Haut au sud. Elle est accompagnée de sa cour de serviteurs. Elle a l’air lasse et les explications du cocher sur ta présence l’exaspèrent au plus haut point. Elle devait faire le voyage seule dans la diligence avec sa demoiselle d’honneur. Celle-ci devra même la suivre à pied avec les autres serviteurs. Derrière toi, tu constates que les saules pleureurs déposent de vraies larmes de pluie avant de disparaître sous des torrents d’eau. Tu reconnais le souffle de l’eau qui frappe. Il s’agit d’un torrent de malheur sans fin. Le cocher frappe d’un coup sec les chevaux. Il est temps de se rendre là où dorénavant le bal se cache. Existe-t-il vraiment une porte de sortie ou s’agit-il d’un autre piège ? Que restera-t-il des mots quand ceux-ci disparaîtront dans le ventre sans fin de l’Avaleuse ? Que signifie vraiment le sens des mots si les lettres peuvent se désagréger et être dévorées sans pitié ?

(Merci à mon père pour la correction)

La poudre de comète

La poudre de comète

Comme une glace aux fraises

Se fonderait-elle sur mon  tombeau chaleur?

Toujours est-il que les braises

Des volcans s’éclatent sur un rythme latin

Les lutins qui dansent sur un lit baldaquin

Abusent d’un autre calibre

Une balle heurte les jeux de cartes

Flottent les chats sur un océan de thon

Reprendras-tu un peu de poussière béton?

Silence des melons qui passent dans le salon

Le scorpion se pose des questions

Roi de pique et deux de trèfle

Sont-ils des sauterelles ?

Ou bien des lions qui chantent?

Ignores-tu vraiment où tu es?

Fais-tu semblant de disparaitre

Nuage de brouillard qui frappe le corridor

Remboursement du vol des morts

Vitesse ultra lente

Pente sans gravité

Entendras-tu enfin raisonner?

Les tambours des âmes

Seconde somnambule

Elle flotte

Il pense

Je suis

Brisée

Dit-elle

Il rassure

Elle n’est pas sur

Un sourire

Des éclats

D’émeraudes

Émerveillent

Mon âme

Il pense

Elle s’évapore 

Tic Tac

Merde, il ne reste vraiment pas de temps. Pas beaucoup en fait. 1 an déjà. On accumule beaucoup de retard. La procrastination dans son toute sa splendeur. J’espère que seul celui qui aura dépassé le temps pourra choisir le prochain thème. Non sérieux ! On devait accumuler douze nouvelles publications. On frôle le zéro de production. C’est la faute du temps. Ça vous contamine l’esprit. Le temps rendrait vieux et lent. C’est peut-être là où réside finalement le problème. On avait un film en vieille bobine super VHS en tête, mais bon qui a le temps de couper des bobines de pellicules au ciseau par les temps qui courent. Donc, oui avec au moins douze mois de retard (mais pourquoi c’est toujours moi le premier qui doit commencer ?) voici finalement sans aucune demande d’avance de fonds et avec la plus grande sincérité possible, une aventure rocambolesque sur le passage du temps et le jour où j’ai eu la certitude que chaque espace-temps pouvait se côtoyer, mais surtout que l’on peut parfois, si on est chanceux (car le temps n’a pas une minute à perdre avec nos niaiseries humaines), on peut oui trouver la brèche et revenir dans une autre zone temporelle qui, comme nous l’explique parfois les scientifiques fous d’un film de science-fiction, se côtoient comme plusieurs univers possibles de nous-mêmes, mais de l’ensemble des espaces qui nous entourent. Par contre, seul le voyageur entre les deux zones parallèles constatera qu’il a changé de zone. Comment ai-je eu la certitude de ce fait ? Je vois mes enfants que pique votre curiosité. J’ai eu cette certitude le jour où je suis revenu dans mon ancienne zone temporelle. Personne n’a rien vu et j’écris donc ce texte de retour dans l’espace-temps que j’aurais dû occuper depuis quelques mois déjà. Pour bien vous expliquer sans multiplier inutilement les explications, je vais baptiser ma véritable zone temporelle comme étant la zone A et l’ancienne, en fait celle que j’habitais depuis maintenant quelques mois, de zone B. Grand bien me fasse, je n’ai pas encore contaminé d’autre zone temporelle. En fait, je ne sais pas. Je ne sais pas encore si la zone A est la véritable zone que j’occupais avant ? Il va falloir que j’explore un peu. J’espère que ce changement temporel n’affectera pas trop la suite des choses. Dans la zone B, il m’était impossible de décrire la situation. Il me fallait une comparaison. Hier, j’ai enfin compris pourquoi les choses n’étaient pas en place depuis quelques mois. Je ne sais pas si des gens m’ont suivi dans la brèche temporelle que j’ai ouverte. Je pense que oui, car je ne les connaissais pas dans la zone temporelle A. Mais ils m’écrivent maintenant ? En fait, il m’écrivait dans le temps où j’étais à collectionner les désespoirs dans la zone B. Techniquement, s’ils existent dans la zone A et me connaissent encore ils ne peuvent qu’avoir franchi la ligne du temps avec moi. Il faut comprendre que nous n’avons pas de double lorsque l’on change de zone. On prend automatiquement la place qui nous revient, mais chaque zone poursuit sa propre logique. Je vous répète que seul le voyageur ou peut-être, je ne sais pas encore définitivement, ceux qui le suivent vont s’apercevoir du changement. Cela est très dangereux. Heureusement, il n’existe pas de machine. Seule une fracture temporelle que le hasard ouvre ici et là permet de se déplacer d’une zone à l’autre. La question demeure : suis-je vraiment de retour ? Seul le temps pourra me le dire.

La Palissade ( V partie)

– Non, j’ai rien vu.

– Quoi ?

– Donne les lunettes !

– Non !

– Donne les lunettes !

– Y a rien je te dis.

– Mais vas-tu me les donner ces lunettes ?

 

Un bruit métallique frappe au creux de la nuit. Puis, le mouvement des bottes militaires dans l’eau mélangée au gravier de la route de montagne.

 

– Voilà ! Je t’avais bien dit, passe-moi les lunettes. 

– OK

 

Il place les lunettes sur ses yeux, et au loin, après la mise au point du foyer, un homme apparait.

 

– Quand je te dis d’obéir.

 

Il lui reprend les lunettes.

 

– Fais pas de folies ! C’est pas des militaires, c’est des amoureux.

 

Dans la zone de clarté qu’offre maintenant la lune, la Mustang se dévoile. Le Chauffeur embarque. La pause toilette est terminée.

 

– Passe-moi ton fusil de chasse.         

– Non. Je te dis qu’ils sont avec nous.

 

Il s’empare du fusil et tire. Chérie prend 3 balles en plein dans le cœur…

 

– Eh câlisse ! lance le chauffeur avant de perdre la maîtrise du véhicule.

 

Les deux couples sont projetés dans toutes les directions alors que la voiture multiplie les tours sur elle-même.

 

Les deux gardes fuient la scène. Au loin se déploie une palissade.

On construit une tour sans toi!

On construit une tour sans toi

Tu vois nous on est des gens qui aiment pas la poésie.

Oui pour les formulaires de subventions, mais pas vraiment

Tu me semble pas mal rêveur

On ne veut pas te juger

Mais on va le faire quand même

Sans vraiment avoir le goût de te rencontrer

Cinq ans que tu voulais embarquer dans le train

Tu vois on construit une tour sans toi

On ne voulait pas vraiment que tu sois là

Mais on ne pensait pas que tu serais encore là

Alors là on est un peu pogné avec toi

On va te flusher sans trop faire de bruit

Tu n’es pas malade ?

Voyons-elle est ou ta chaise roulante

Nous on s’occupe de personnes visiblement malades

Tu as l’air capable de défendre sans nous

On n’a pas vraiment d’espace pour tes mots, tes idées

Ne pas blâmer un enfant qui fait des dessins

Je ne sais pas où tu vas chercher ça

Tu manques d’autorité? Tu es un enfant ?
Faudrait vieillir un peu tu sais!

Seul dans ton coin comme un grand

Tu vas briser notre tranquillité de pensée

Avec tes idées de fou

Arrête de faire du bruit

On construit une tour sans toi

Chicago

( Lundi 6 avril 2015 avant l'aube)

 

Dans le miroir du 40 oz de Gin, les couleurs de la ville s’émoustillent. J’ai soif d’« American dream ». C’est la liberté que je cherche au corps de la mégapole. L’ombre de Batman survole la ville. Les mirages des ombres m’ensorcellent. Je traverse la ville en caravane.

 

Elle roule de nuit, elle roule de jour. Dans les soleils comme dans les pleines lunes. Nous écoutons la musique des gens de la ville forteresse. Le long des autoroutes, des espoirs et des folies. La vie est cette route. Que m’offre la section fraction d’un espace-temps, la clarté passagère dans les corridors des astres lumineux?

 

Et si belle est la danse dans les musiques électromagnétiques de ce début de millénaire aux cent périples. Un pas de danse avec moi, quelle sensation effroyablement agréable. Convoitise et envie transpercent mon cerveau. Manifestement, dans mon sang coule plus de tonic que de globules rouges. Dans les herbes s’étale le penseur des vignobles écarlates.

 

Photographier en touriste pour projeter une image mondiale sur les toiles interconnectées. Traverser les quartiers d’un pas observateur d’espion en mission de sauvegarde. Ou bien jouer les airs du parfait caméléon qui sait s’adapter au monde qui l’entoure.

 

Mille visages pour secourir des désastres et des peines capitales. Pécher par excès de luxure. Affamer les cœurs dans les virages, mirages peu sages de complexes idées. Et je compris que le rêve s’effritait, que les ombres le grignotaient irrémédiablement. Pas à pas, elles s’approchaient. Il nous restait notre âme à défendre.

 

La caravane devait repartir à l’aube, on l’attendait plus haut au nord pour que l’on s’informe de ce qui arrive au sud. Au matin clair, j’aurais adoré pouvoir mettre le générique ici maintenant, mais la saga se poursuivra quelque temps. Assez longtemps, je l’espère.

( Pour Mireille aka Mimi , Francis, aka Franck, Jérôme aka J, Claudia aka Clo, Isabelle aka Isa ,Daryl aka Trotsky, Sebastien aka Le Tombeur, Gabriel aka Big G, Audrey aka Elle

Le Train ( Labyrinthe Chapitre IX)

Tu regardes les paysages. Tu regardes les passages à niveau. Tu te perds dans les épinettes enneigées. Les flottements de la zone lente et poussiéreuse que tu traverses s’éternisent. Tu comptes les espaces secondes qui s’écoulent. Tu te demandes comment ce train peut faire pour ne jamais arriver en gare. Il roule avec toi à son bord. Il n’y a pas plus d’autres passagers. Il n’y a plus personne qui assure le service de bar. Aucune hôtesse à l’horizon. Il n’y a plus de sécurité entre les wagons. Tu ne sais plus quand tu as pris ce train. Tu marches vers l’avant, tu traverses un long wagon restaurant. Sur les murs, tu vois la tête d’un chef. Tu le connais. Tu l’as vu la dernière fois dans son grand restaurant sur Magnificient Mile à Chicago. Tu aurais bien mangé quelques morceaux, mais les assiettes sont vides. Ton festin serait-il terminé ? Puis, tu croises le contrôleur. Tu te demandes alors si tu as bien acheté un billet. Tu ne t’en souviens plus. Tu fouilles dans la poche droite de ton long manteau de laine usé. Tu sors finalement un billet en forme de triangle. Une invitation pour le bal. Tu ignores ce qu’il fait là. Une odeur de fumée te monte soudainement au nez.

 

Le train à vapeur ralentit à l’approche d’un tunnel. La dernière épinette disparaît remplacée par un grand couloir de granite. Les pierres sont ornées de grandes fresques multicolores. Tu reconnais l’œuvre, mais tu ne t’en souviens plus clairement. Portant, tu connais l’artiste. Dans ta vie, avant, il y avait des galeries d’art, des fêtes et des anniversaires où tu ne connaissais personne. Le contrôleur marque son impatience en hochant légèrement la tête. Coincé, plutôt collé, tu aperçois enfin le billet de train. Il est chaud. Il vient de se matérialiser devant toi. Le destin imprègne d’encre noire sa fatalité. Le contrôleur te laisse finalement passer et disparaît vers un autre wagon. Tu te demandes pourquoi puisque tu es le seul passager. Le train accélère. Il s’enfonce dans le tunnel puis chaque wagon ressort lentement du gouffre. De l’autre côté s’allongent les grands bâtiments de la Capitale du Labyrinthe. Le train approche de la gare du Sud. Cette gare aux mille fresques, tu l’as arpentée bien souvent. Tu attendais un départ. Ou peut-être une arrivée. Tu ne sais plus trop. Tu découvres, surpris, une foule immense qui descend du train. Tu te souviens pourtant de l’avoir vu vide. Tu constates que tes moments d’absences transportent parfois tes souvenirs ou tes pensées beaucoup plus loin que tu ne peux l’imaginer. Cette fois, tu as bien l’intention de ne plus laisser les murs t’étouffer. Tu sais que chaque seconde compte. Et si chaque pas te rapproche de la salle de bal, tu es sûr qu’une fois dans cette salle, quand la musique s’arrêtera de nouveau, tu sauras très bien ce que tu auras à faire cette fois-ci !

( Merci à mon père pour la correction et les idées)

Égarement

Tes pensées s’échappent en illusion. Tu fixes le Bordeaux rouge classique qui repose au fond de la coupe. Il pleut, les regards sont froids, le vent glacial. Tes yeux se vident et les invités se prolongent en dialogues inaudibles.

Tu n’es déjà plus là. Les murs miroirs te renvoient l’absence. Tu la revois, mais il n’y a plus que le désert des silences qui mettront bientôt fin aux questions d’usage. Plus rien à dire. Tu n’as plus de mots ni d’idée nouvelle que l’écoulement des secondes en vase clos. Un avortement parfait, froid et chirurgical. Tu as pris le bistouri et coupé d’un seul geste toute émotion, toute supplication, toute tentative.

Dans cette pièce carnavalesque, tu es soudain celui qui a réussi la fuite parfaite. Tu regardes derrière, il n’y a plus personne qui te pourchasse et tu ne pourchasses plus personne. Les pas de danse sont futiles. Les musiques monotones. Le vin goutte l’eau. La nourriture est fade et grise.

 

La bande film est en noir et blanc et la pluie s’accentue. Tu sors dehors, tu regardes à gauche puis à droite. Tu n’es plus certain d’exister. Cette dimension de l’espace, sans autre regard pour te percevoir sur la pellicule, tu l’as baptisée depuis longtemps. Tu l’appelles égarement. Tu t’éloignes seul alors que les arbres, les statuts et le vieil étang masquent ta disparition.

Ici Montréal

Radio-Montréal - Ici Montréal - Résistance - c.2035

Je cherche les papillons

Je cherche les papillons

Ils cherchent la guerre

Je pourchasse les miracles

Ils pourchassent les imprécisions

J’exécute les folies

Ils traquent des vies

J’accumule les rêveries

Ils multiplient les tueries

Je vois ailleurs

Ils n’envoient que des leurres

Ils ne sont que malheurs

Je cours les papillons

Je mange des macarons

Le vieil ennemi

Encore toi, mon vieil ennemi.

L’armée intérieure s’engouffre dans les veines sanguines.

Au pied de ma fin du monde qui m’aspire

Le général de l’armée blanche s’avance.

Les couloirs blancs inhospitaliers me rapportent à l’intérieur de moi.

Encore toi, qui s’infiltres dans mes espérances

Et me coupe le souffle dans mes élans grandioses.

Je reste là, dans la douleur, à faire pleurer les plafonds.

Nuit de cœur, nuit de sacré

Emporte mes larmes dans les musiques classiques des corridors chrétiens.

Encore toi, pour me rappeler l’espace-temps

Des écoulements de mes joies, de mes amours et de mes folies.

Goutte à goutte, les poisons s’infiltrent dans mes rêves

Me font mal de tête.

Désolation d’espérance et urgence du temps

S’entrechoquent dans mes tourments qui me portent ailleurs.

Et j’avance toujours plus vite.

Et j’avance, pulsion de vie.

Et j’avance droit devant.

Tu n’auras pas ma peau, je serai libre bien avant.

Encore toi, mon vieil ennemi.

Un jour, je t’emporterai loin de moi

Au bout du temps, au bout du monde.

Et tu ne seras plus qu’un sinistre souvenir.

La goutte de trop.

La goutte d’eau descend le long du drain. Elle fait un bruit, puis une autre goutte prend le relais. Le ciel est gris. Hier, il a plu malgré le froid. Le vent frappe la tôle de la maison et les secondes s’éclipsent. Une autre goutte d’eau s’engouffre dans ce chemin sans fin. J’enfile un bas dans le mauvais pied. Le son de l’eau m’agace. Je marche jusqu’à l’évier et tourne très fort le robinet. L’eau ne s’arrête pas. Je regarde la goutte suivante suivre lentement son parcours. Dehors, l’arbre sans feuilles caresse la pluie. Il pleut si finement que bientôt l’eau se transforme en léger grésil.

 

Il y a des jours qui passent sans faire de vacarme. Ils s’effacent tranquillement du calendrier. Un jour de plus. Comme cette nouvelle goutte d’eau. J’ai réalisé que je n’attendais personne et que cela m’était indifférent. Je regarde le chat. Il ne réclame rien. Il dort, il doit dormir des heures. Il passe le temps. Je me demande parfois à quoi il rêve. Et zut! Une autre goutte d’eau fait son chemin. Imperturbable, la garnison des gouttes d’eau semble sans fin. Je me gratte la tête et remarque que j’ai juste un bas. J’ai oublié d’enfiler l’autre.

 

Combien de gouttes d’eau faudrait-il pour me noyer si le drain devait se boucher? Combien de secondes devrais-je affronter avant que l’appartement ne soit complètement submergé? Voir soudain les fondations se fendre et la maison se refermer sur mon appartement. J’imagine que cela n’aurait pas vraiment d’importance. Pourtant, il y aurait une étude à faire. Pourquoi la dernière goutte d’eau qui a tout fait s’écrouler a-t-elle commis ce crime? Raison d’État? Moment de folie? Louve solitaire? Délinquance juvénile d’une simple goutte d’eau? Au mauvais endroit au mauvais moment? Je vois d’ici un panel d’experts se poser la question sur les motifs profonds ayant poussé la goutte d’eau de trop à accomplir son méfait devant un animateur subjugué.

 

Je prends le bol d’eau du chat et je le remplis. Peut-être que les gouttes d’eau cherchent juste un sens à leur vie. Le chat a entendu un bol faire du bruit. Il rapplique dans la cuisine. Non! Juste de l’eau, mon ami. C’est l’austérité et il faut faire avec. Sinon, fait comme nous et trouve-toi du travail dans le domaine de la souris. Il paraît que d’autres chats on fait la passe dans ce secteur. Pas pour toi, le travail? Je sais. J’ai un chat sur le bien-être social. Un chat qui attend chaque soir son repas comme d’autres le chèque de la fin du mois.

 

Il est tard, il fait noir dehors. On avançait l’heure pourtant. J’ai décidé de couper l’eau. Je ne veux pas voir le plombier. J’ai acheté une bouteille d’eau. Je vais enfin pouvoir dormir. 

( Merci à mon père pour les idées)

Déroute

« Pourquoi tu gosses? Pourquoi? »

 

Les sentiers illuminés de ses déroutes s’engouffrent dans les mélancolies alcooliques. Elle ne pouvait que lui prouver sa déraison. Il écrivait des vers pour les desserts de ses courbes qui n’étaient que des illuminations de son cerveau. Il avait dans son sang le goût des moments qui se perdaient dans les mots le long du drap blanc. Pendant les froids que lui offre la vie, le déplaisir des astres, le conformisme et le féminisme empêcheront l’étalement de son désir. Et il pense que peut-être un soir de pleine lune, il pourrait voir l’éternité et connaître le prix des passages immortels et des voyages sans nom. Flottements célestes de son corps en transfert dans les lunes des idéaux. Affranchir son souffle pour un seul baiser volé à ses chastes lèvres. La lumière diffuse d’une seule surprise au matin des pertes de sens. Le prix… Toutes voiles dehors, c’est la montée des ténèbres dans ses os de vampire.

 

« Prends mon cœur, prends la vie qui ne vaut que cette parcelle de jouissance. Pourquoi tu gosses? Tu étais pourtant agréable… »

La cristallisation du moment.

 

 

Il y a des fractions de temps que l’on doit diviser par seconde. L’action et la vitesse défilent alors en image 24 secondes. La voiture de la Sureté du Québec termina sa course dans le stationnement. Le Chauffeur, au même moment, sortit de l’allée avec deux flacons de 40 oz dans les mains. La télévision décida, faute de chance, de projeter le portrait des trois acolytes. Et puis, la porte du dépanneur enclencha le bruit du mobile métallique. La Rêveuse leva les yeux et sortit de la lune devant le Chauffeur qui se dirigeait vers elle. Comme il est beau, se dit-elle. Le policier matricule 14235 entra à son tour et ses yeux allèrent rapidement de la télévision vers la rêveuse et puis lentement, son cerveau compris qu’il avait devant lui l’un des responsables de la prise d’otage à la Banque Centrale Impériale.

 

La guerre, l’affrontement qui porte l’homme à la victoire ou à la défaite, est un mélange de tactique et de chance. Cette fois, le hasard laissa tomber la bille de métal froide sur la grande roue du destin. C’était le 13 noir. Le numéro chanceux. La Rêveuse abattit le policier d’un seul coup du vieux pompeux de son grand-père. Le Chauffeur ne comprit la situation que lorsque les fragments de balle traversèrent le policier. Le Chauffeur regarda la Rêveuse et un coup de foudre le frappa de plein fouet.

 

L’Anarchiste, suivi de sa Rebelle, entra à lui aussi dans le dépanneur. Il comprit que la situation n'était peut-être pas sous contrôle. Calmement, il braqua son arme sur la Rêveuse. Le Chauffeur regarda son ami et dit : « Tu ne vois pas que je suis amoureux? Elle vient avec nous. Elle vient de nous sauver la vie. » « Toi, amoureux! », dit la Rebelle. Le Chauffeur la regarda avec mépris. Elle n’avait pas plus que lui une conception romantique de la chose.

 

Les quatre comparses vidèrent le rayon d’alcool et le coffre du dépanneur. La Mustang avait faim de rouler. L’asphalte noir brûlant offrait une route vers l’enfer digne de ce nom.  La voiture de police explosa au loin. La radio jouait « Paint in Black » des Rolling Stones. La Rêveuse mit sa main sur la main du Chauffeur alors qu’il passait en cinquième vitesse.