Blogue compulsif

Des traditions en suspend

11 novembre, Sankt Martin:

Sankt Martin... Ein Kinderlachen in Deutschland. Sternenklare Nacht. Lichter wirren durch die Dunkelheit.

Parfois, les traditions se font timides, ne nous parlent plus comme avant, et un jour se meurent, faute de dialogue.

La famille, haut-lieu de milles projets, nous incite à raviver la flamme, à créer des rituels qui se muteront en petites traces de continuité confortable dans les récits d'enfance. Presque spontanément, on brise la routine, on se crée une communauté conviviale, volontaire, qui entre dans la danse sans se faire prier. On rassemble les matières premières; un souper réconfortant, un peu de lumière et des mains qui bricolent. Une tradition s'exporte au-delà de l'océan, l'héritage se transmet à notre famille élargie, devient nôtre.

 




Première édition de Sankt Martin dans notre ruelle de Villeray. Encore toi, expression de joie et de lumière, de sourires en dents de lait.

 

           Ich gehe mit meiner Laterne und meine Laterne mit mir.
           Dort oben leuchten die Sterne, hier unten leuchten wir.

Des idées en suspend

Le projet!



Des idées en suspend, qui s'additionnent sur des listes imaginaires ou griffonées. Celles qu'on se partage, pour qu'elles deviennent un peu tangibles parmi le reste, le quotidien, l'aujourd'hui-et-demain de notre vie. Qui reviennent sans cesse en tête, jusqu'à ce qu'elles se matérialisent, un jour ou jamais. Un sac de tissus abandonnés à Montréal, milles possibilités rappelées au regard embué par l'inertie et la fatigue.

Et puis, la naissance de l'idée.  

L'ombre d'un doute

Par Myann M. Malo et Mireille L. Poulin. Musique: «Time=pain par Satellite Ensemble de Free Music Archive CC BY NC.

Nouvelle vidéo en ligne!

Vidéo de notre plus récente diffusion «Pour signaler une disparition» lors de la Nuit blanche 2015 à Art souterrain. Merci à Ky Vy Le Duc pour la réalisation la vidéo et à Thomas Christopherson pour la captation d'image. Il n'est jamais trop tard pour signaler une disparition... 514-360-2202... Mouhahaha!

Je cherche les papillons

Je cherche les papillons

Ils cherchent la guerre

Je pourchasse les miracles

Ils pourchassent les imprécisions

J’exécute les folies

Ils traquent des vies

J’accumule les rêveries

Ils multiplient les tueries

Je vois ailleurs

Ils n’envoient que des leurres

Ils ne sont que malheurs

Je cours les papillons

Je mange des macarons

Le vieil ennemi

Encore toi, mon vieil ennemi.

L’armée intérieure s’engouffre dans les veines sanguines.

Au pied de ma fin du monde qui m’aspire

Le général de l’armée blanche s’avance.

Les couloirs blancs inhospitaliers me rapportent à l’intérieur de moi.

Encore toi, qui s’infiltres dans mes espérances

Et me coupe le souffle dans mes élans grandioses.

Je reste là, dans la douleur, à faire pleurer les plafonds.

Nuit de cœur, nuit de sacré

Emporte mes larmes dans les musiques classiques des corridors chrétiens.

Encore toi, pour me rappeler l’espace-temps

Des écoulements de mes joies, de mes amours et de mes folies.

Goutte à goutte, les poisons s’infiltrent dans mes rêves

Me font mal de tête.

Désolation d’espérance et urgence du temps

S’entrechoquent dans mes tourments qui me portent ailleurs.

Et j’avance toujours plus vite.

Et j’avance, pulsion de vie.

Et j’avance droit devant.

Tu n’auras pas ma peau, je serai libre bien avant.

Encore toi, mon vieil ennemi.

Un jour, je t’emporterai loin de moi

Au bout du temps, au bout du monde.

Et tu ne seras plus qu’un sinistre souvenir.

Ubik

 

Les amis !

C’est le grand nettoyage de printemps et nous offrons l'ensemble de nos Ubiks à rabais.

Et n’oubliez pas : chaque Ubik a été testé tel qu’indiqué.

 


La goutte de trop.

La goutte d’eau descend le long du drain. Elle fait un bruit, puis une autre goutte prend le relais. Le ciel est gris. Hier, il a plu malgré le froid. Le vent frappe la tôle de la maison et les secondes s’éclipsent. Une autre goutte d’eau s’engouffre dans ce chemin sans fin. J’enfile un bas dans le mauvais pied. Le son de l’eau m’agace. Je marche jusqu’à l’évier et tourne très fort le robinet. L’eau ne s’arrête pas. Je regarde la goutte suivante suivre lentement son parcours. Dehors, l’arbre sans feuilles caresse la pluie. Il pleut si finement que bientôt l’eau se transforme en léger grésil.

 

Il y a des jours qui passent sans faire de vacarme. Ils s’effacent tranquillement du calendrier. Un jour de plus. Comme cette nouvelle goutte d’eau. J’ai réalisé que je n’attendais personne et que cela m’était indifférent. Je regarde le chat. Il ne réclame rien. Il dort, il doit dormir des heures. Il passe le temps. Je me demande parfois à quoi il rêve. Et zut! Une autre goutte d’eau fait son chemin. Imperturbable, la garnison des gouttes d’eau semble sans fin. Je me gratte la tête et remarque que j’ai juste un bas. J’ai oublié d’enfiler l’autre.

 

Combien de gouttes d’eau faudrait-il pour me noyer si le drain devait se boucher? Combien de secondes devrais-je affronter avant que l’appartement ne soit complètement submergé? Voir soudain les fondations se fendre et la maison se refermer sur mon appartement. J’imagine que cela n’aurait pas vraiment d’importance. Pourtant, il y aurait une étude à faire. Pourquoi la dernière goutte d’eau qui a tout fait s’écrouler a-t-elle commis ce crime? Raison d’État? Moment de folie? Louve solitaire? Délinquance juvénile d’une simple goutte d’eau? Au mauvais endroit au mauvais moment? Je vois d’ici un panel d’experts se poser la question sur les motifs profonds ayant poussé la goutte d’eau de trop à accomplir son méfait devant un animateur subjugué.

 

Je prends le bol d’eau du chat et je le remplis. Peut-être que les gouttes d’eau cherchent juste un sens à leur vie. Le chat a entendu un bol faire du bruit. Il rapplique dans la cuisine. Non! Juste de l’eau, mon ami. C’est l’austérité et il faut faire avec. Sinon, fait comme nous et trouve-toi du travail dans le domaine de la souris. Il paraît que d’autres chats on fait la passe dans ce secteur. Pas pour toi, le travail? Je sais. J’ai un chat sur le bien-être social. Un chat qui attend chaque soir son repas comme d’autres le chèque de la fin du mois.

 

Il est tard, il fait noir dehors. On avançait l’heure pourtant. J’ai décidé de couper l’eau. Je ne veux pas voir le plombier. J’ai acheté une bouteille d’eau. Je vais enfin pouvoir dormir. 

( Merci à mon père pour les idées)

Déroute

« Pourquoi tu gosses? Pourquoi? »

 

Les sentiers illuminés de ses déroutes s’engouffrent dans les mélancolies alcooliques. Elle ne pouvait que lui prouver sa déraison. Il écrivait des vers pour les desserts de ses courbes qui n’étaient que des illuminations de son cerveau. Il avait dans son sang le goût des moments qui se perdaient dans les mots le long du drap blanc. Pendant les froids que lui offre la vie, le déplaisir des astres, le conformisme et le féminisme empêcheront l’étalement de son désir. Et il pense que peut-être un soir de pleine lune, il pourrait voir l’éternité et connaître le prix des passages immortels et des voyages sans nom. Flottements célestes de son corps en transfert dans les lunes des idéaux. Affranchir son souffle pour un seul baiser volé à ses chastes lèvres. La lumière diffuse d’une seule surprise au matin des pertes de sens. Le prix… Toutes voiles dehors, c’est la montée des ténèbres dans ses os de vampire.

 

« Prends mon cœur, prends la vie qui ne vaut que cette parcelle de jouissance. Pourquoi tu gosses? Tu étais pourtant agréable… »

La cristallisation du moment.

 

 

Il y a des fractions de temps que l’on doit diviser par seconde. L’action et la vitesse défilent alors en image 24 secondes. La voiture de la Sureté du Québec termina sa course dans le stationnement. Le Chauffeur, au même moment, sortit de l’allée avec deux flacons de 40 oz dans les mains. La télévision décida, faute de chance, de projeter le portrait des trois acolytes. Et puis, la porte du dépanneur enclencha le bruit du mobile métallique. La Rêveuse leva les yeux et sortit de la lune devant le Chauffeur qui se dirigeait vers elle. Comme il est beau, se dit-elle. Le policier matricule 14235 entra à son tour et ses yeux allèrent rapidement de la télévision vers la rêveuse et puis lentement, son cerveau compris qu’il avait devant lui l’un des responsables de la prise d’otage à la Banque Centrale Impériale.

 

La guerre, l’affrontement qui porte l’homme à la victoire ou à la défaite, est un mélange de tactique et de chance. Cette fois, le hasard laissa tomber la bille de métal froide sur la grande roue du destin. C’était le 13 noir. Le numéro chanceux. La Rêveuse abattit le policier d’un seul coup du vieux pompeux de son grand-père. Le Chauffeur ne comprit la situation que lorsque les fragments de balle traversèrent le policier. Le Chauffeur regarda la Rêveuse et un coup de foudre le frappa de plein fouet.

 

L’Anarchiste, suivi de sa Rebelle, entra à lui aussi dans le dépanneur. Il comprit que la situation n'était peut-être pas sous contrôle. Calmement, il braqua son arme sur la Rêveuse. Le Chauffeur regarda son ami et dit : « Tu ne vois pas que je suis amoureux? Elle vient avec nous. Elle vient de nous sauver la vie. » « Toi, amoureux! », dit la Rebelle. Le Chauffeur la regarda avec mépris. Elle n’avait pas plus que lui une conception romantique de la chose.

 

Les quatre comparses vidèrent le rayon d’alcool et le coffre du dépanneur. La Mustang avait faim de rouler. L’asphalte noir brûlant offrait une route vers l’enfer digne de ce nom.  La voiture de police explosa au loin. La radio jouait « Paint in Black » des Rolling Stones. La Rêveuse mit sa main sur la main du Chauffeur alors qu’il passait en cinquième vitesse.

Adieu sans préavis

( Printemps 2000 )

 

Poète du crépuscule

Mes particules

D’amours désassemblées

Perforent les temps derniers

Et coule le vin sur ses seins

 

Je me fais marcheur des douze saints

Il est minuit moins le quart des apôtres

Devenir le prophète de sa mélancolie

Caresser les images de ses fantaisies

Déguiser mes sombres mensonges

 

Fuir devant la suite qui conduit au néant

S’engouffrer lentement

Dans la pièce au soleil levant

Je m’effrite en lambeaux

Déclassés sous le poids des vitraux

 

Devant la lourdeur des bottes

De son armée d’invasion métallique

Je raccroche mon écharpe

Ajuste mon sourire hérétique

 

C’est la fuite poétique, mathématique

Peinture d'un temps ancien.

( L'appartement, été 2008)

 

Disjoncter, mon ami le jeune clown

Dans sa cour, il y a une foule de courtisanes

Mais aucune ne semble pouvoir devenir reine

Disjoncter le clown

C’est un être complexe

Sa pensée n'est pas cristallisée

Elle virevolte au vent

Et on peut, si on est chanceux

Voir un peu plus loin

 

Et il y a ceux qui dansent

Et ceux qui rient

Il y a des éclats de lumières sombres

Qui frappent les corridors des esprits

Dans une boîte quelque part

Le  vieux disjoncteur observe la scène

Il est loin sur le front

Une ligne frontière

Il écrit sur du papier noir

Un texte à l'encre bleue

Pour son ancienne fiancée

Restée sur le quai, le temps d'un dernier baiser

 

Une scène, un plan, un horizon

Lentement, la caméra recule

Et prends de la vitesse

Il s'enfonce vers nulle part

Disjoncter le clown

Lui s'efforce encore devant les sourires

Il croit toujours au monde qui l'entoure

Sa déconnexion n'est pas terminée

 

Compte jusqu'à treize

Un, pour le temps qui passe

Deux, pour les peines d'amour

Trois, pour les corridors qui mènent vers ailleurs

Quatre, pour les bonbons roses de nos grand-mères

Cinq, pour l'amour

Six, pour l'art

Sept, pour les oubliés morts au champ d'honneur

Huit, pour les junkies qui marchent dans la nuit

Neuf, pour les vampires qui sucent le sang

Dix, pour ne plus rien comprendre

Onze, un cœur d'enfant

Douze, une amitié

Treize, court-circuit

Disjoncteur disjoncté

 

Il y a une scène de baiser

Sur le balcon quand la foule s'éloigne

Quelques bavardages

Il est tard, les étoiles se couchent

Ce soir, je traverse la nuit en voyageur

Au loin, la citadelle m'attend.

Le réveil froid.

( Mars 2000)

Chaque nuit absence

Le temps s'allonge

Pour s'étendre

Dans les étoiles

 

Et le soleil des nuits

Ne brille plus dans mon lit

Qui se refroidit

Dans l'hivers triste qui s'emplit

 

J'évoque son nom souvenir

Pour franchir l'aube des soupirs

Et je revois son sourire caché

Revenir me hanter

Destins croisés

 

(* Réflexion de Saint-Valentin à 32 degrés sous zéro *)

 Le métro roulait dans la nuit. La rame était déserte et sans vie. Je me souvenais de son regard qui disparut quand les portes du train se refermèrent sur elle. Elle avait encore trop bu; j’aurais voulu l’embrasser, mais mon amour pour elle s’était alors tu devant son refus. Quelque part, maintenant dans les mirages des illusions de décors qui défilent dans la grisaille des couloirs souterrains de la station Sauvé, j’inventais des mondes.

Quand je l’ai revue, elle s’était déjà amourachée d’un autre. Je me pris dans mes rêveries à penser les possibles. Était-ce mon propre manque de volonté ou mon attention détournée qui faisait en sorte qu’elle n’était que souvenir amer? Était-ce ma faute? Ou bien je n’y pouvais rien, car mon axe de vie se dirigeait inlassablement ailleurs? N’est-ce pas simplement une projection de la propagande du cinéma hollywoodien? Existe-t-il un monde où je sacrifie tout pour la rejoindre? Un monde dans lequel j’achète un billet aller simple. Un monde ou Franck Sinatra chante durant le générique de mes souvenirs.

Ce soir, il n’y a pourtant que le vent et la matrice ne m’offre rien que le glacial hiver québécois.      Il fait froid, l’alcool, les vapeurs de cannabismes affectent mes sens. Depuis les derniers bombardements de mon cœur par son aviation, j’ai demandé au général de l’armée de terre d’assurer la protection du bunker. Elle vit quelque part sans moi. Pense-t-elle à moi? Pense-t-elle à lui? La solitude, la vraie, serait-elle de t’aimer dans le vide, dans le néant, d’être seul sans miroir et sans retour?

Je me demande, si dans une autre dimension, mes amis seraient mes amis. Si je n’avais pas cette fois-là ou à cette autre occasion dirigé mes pas dans cette direction, que serait-il arrivé? Les couples, les coups de cœur, les baisers frénétiques, les enfants, la maladie et la mort, tout ça virevolte dans les chemins croisés des destins. Existe-t-il un espace différent des calculs aléatoires, des trajectoires divinatoires ou simplement un seul destin déjà payé d’avance? Existe-t-il un monde où j’ose lui dire que je l’aime?